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Catégorie : Les revendications étudiantes

La CUAE prend position sur les examens

La CUAE prend position sur les examens

Le 22 mars, la CUAE, association faîtière et syndicat des étudiantes de l’Université de Genève, a pris position sur les examens du deuxième semestre :

« La CUAE appelle à une solution solidaire et égalitaire pour les examens

Devant la situation d’actuelle pandémie, la CUAE prend position sur la question des examens de la session de juin 2020. En effet, compte tenu de la fermeture des bâtiments universitaires – et par conséquent de l’altération des différentes prestations offertes aux étudiant.e.x.s en temps normaux (bibliothèques, espaces de travail silencieux, services d’impressions, contacts entre étudiant.e.x.s et professeur.e.x.s, etc.) -, compte tenu de la mise en place du système de cours en ligne et des difficultés qui s’ensuivent, compte tenu des diverses complications liées à la situation actuelle, il est clair que la session d’examens de juin doit être repensée dans son ensemble. En tant que syndicat étudiant, la CUAE défend les droits et intérêts de la communauté estudiantine, et, aujourd’hui plus que jamais, de ceux des personnes qui sont ou vont être impactées par la crise en cours. Nous sommes conscient.e.x.s que la situation actuelle rend complexe toute décision concernant les cursus académiques. Nous saluons à ce sujet les mesures rapidement mises en place par l’Université de Genève et les services techniques visant à assurer une qualité et une continuité de ses enseignements. La question des examens de juin a fait l’objet de toute notre attention. Il est pour nous hors de question de laisser des étudiant.e.x.s de côté dans cette décision.

Les étudiant.e.x.s sont particulièrement touché.e.x.s par l’actuelle pandémie. Il nous parait important de relever quelques problèmes généraux liés aux enseignements en ligne. Ces derniers témoignent des difficultés qu’engendre la mise en place d’un tel système. La décision des modalités des examens de juin doit se prendre en tenant pleinement compte de ces difficultés.

En premier lieu, les étudiant.e.x.s sont pleinement impliqué.e.x.s dans la crise actuelle. En effet, le Conseil Fédéral a annoncé un soutien de l’armée suisse, mobilisant jusqu’à 8’000 personnes, et ce jusqu’à fin 2020. La protection civile de la Ville de Genève a quant à elle commencé à mobiliser du personnel depuis lundi 16 mars, et l’ensemble de ses effectifs est convocable dès le lundi 23 mars. L’obligation de servir empêche des étudiant.e.x.s de suivre correctement les enseignements en ligne. Si iels ne sont pas mobilisé.e.x.s par l’Etat, d’autres étudiant.e.x.s se consacrent à la solidarité nécessaire à la situation actuelle : dans les villages, dans les associations, dans l’aide apportée au voisinage et aux proches (grands-parents, parents, frères et sœurs, enfants, ami.e.x.s), en se rendant dans les magasins ou pharmacies, permettant ainsi aux personnes plus fragiles de se protéger du virus et d’enrayer sa propagation, ou encore en effectuant du travail administratif. Ainsi, la mobilisation volontaire limite également le temps disponible pour suivre les enseignements en ligne.

S’ajoute à cela le stress lié à une situation financière instable. Avec la fermeture de la plupart des lieux de vie, et ce pour une durée indéterminée, de nombreux.se.x.s étudiant.e.x.s se retrouvent aux chômage technique ou simplement licencié.e.x.s. Certaines entreprises vont également faire faillite, soustrayant encore de précieuses sources de revenus pour les étudiant.e.x.s. Ces ruptures économiques touchent particulièrement les secteurs de la vente, de la culture, de l’enseignement (remplacements), de l’aéroportuaire, de la restauration, des bars et boites de nuit, des marchés, de la sécurité et des activités indépendantes, secteurs dans lesquels les étudiant.e.x.s sont nombreu.euses à travailler. En ce sens, l’instabilité économique et le stress de ne pas pouvoir payer son loyer, sa nourriture, ses factures et ses assurances, sont des facteurs altérant un suivi adéquat des enseignements en ligne.

Les étudiant.e.x.s ne peuvent suivre convenablement les enseignements en ligne pour des raisons pratiques. En effet, le passage au numérique nécessite un logement adapté, comportant a minima une pièce isolée. Cela est difficile, voire impossible, lorsque l’on vit en colocation, que l’on doit partager sa chambre, ou que le lieu de vie est bruyant. De plus, les personnes ayant une famille et/ou des enfants à charge ne parviennent pas à suivre assidument et régulièrement les enseignements en ligne. À ces cas s’ajoutent les problèmes logistiques liés à l’accès au matériel informatique et/ou à une connexion internet. Le corps enseignant rencontre les mêmes difficultés liés aux bouleversements de nos quotidiens.

Enfin, rappelons que même si ces éléments factuels ne sont pas présents, les étudiant.e.x.s peuvent éprouver du stress et de l’anxiété vis-à-vis de la situation générale. En effet, cette conjoncture particulière et exceptionnelle nous met parfois dans des états émotionnels bouleversants, et ces sentiments sont parfaitement légitimes.

Ces problèmes sont réels et s’inscrivent dans une constellation plus large de cas particuliers. Notre objectif, par cette énumération partielle, est d’alerter l’ensemble de la communauté académique des complications liées aux enseignements en ligne qui doivent être prises en compte dans la décision concernant les examens de juin. Si tous les cas ne se ressemblent pas, certains problèmes sont néanmoins partagés par beaucoup d’entre nous.

Si les conditions ne semblent pas réunies pour le bon déroulement de la session d’examens, nous ne souhaitons pas pour autant que les examens soient annulés. En effet, cela engendrerait des complications pour beaucoup d’entre nous. D’une part, les étudiant.e.x.s souhaitant continuer un cursus académique dans une autre institution nécessitant l’obtention d’un diplôme universitaire doivent pouvoir le faire ; l’annulation pure et simple des examens les en empêcherait. D’autre part, certain.e.x.s étudiant.e.x.s ne peuvent se permettre de prolonger leur formation. Pour des raisons familiales d’abord, il est parfois impossible de dédier une année supplémentaire aux études. Pour des raisons économiques ensuite, certain.e.x.s d’entre nous ne peuvent consacrer une année supplémentaire à leur cursus : soit parce que nous l’avons planifié, soit parce qu’une année supplémentaire signifierait une année de plus dans la précarité, à jongler entre les jobs étudiants. Pour ces raisons, l’annulation des examens n’est pas une solution viable.

En revanche, nous revendiquons le droit pour tout.e.x étudiant.e.x de prolonger volontairement son cursus, de manière automatique et sans conséquence financière. De manière automatique, en offrant une année supplémentaire aux cursus de Bachelor (4 ans) et de Master (3 ans) à toute personne le désirant. Sans conséquences financières, par une exonération exceptionnelle des taxes universitaires, et par l’extension des bourses aux mois de juillet et août ainsi qu’à l’année suivante. De sorte que prolonger son cursus ne rime pas avec ruine économique.

Compte tenu de la complexité de la situation et des complications liées au système des enseignements en ligne, la CUAE appelle à la validation de tous les enseignements suivis ce semestre ainsi que l’obtention de tous les crédits liés à ces enseignements. La situation actuelle appelle des mesures exceptionnelles ; la tenue habituelle des examens dans de bonnes conditions est parfaitement inenvisageable. En parallèle, au vu des complications liées aux enseignements en ligne énumérées plus haut, il semble également impossible de garantir les mêmes conditions d’études pour tou.x.te.s les étudiant.e.x.s en vue de passer équitablement les examens. La position que nous soutenons permet une stricte égalité de traitement, et les personnes les plus impactées par l’actuelle pandémie ne seront pas d’avantage pénalisées.

La position que nous soutenons est simple et efficace. Simple, car elle peut s’appliquer à la quasi-totalité de l’Université, hormis quelques exceptions. Efficace, car elle permet d’outrepasser le particularisme des facultés et à fortiori des départements : effectivement, on voit mal comment les professeur.e.x.s et membres du corps intermédiaire pourraient, en l’état, assurer une session d’examens de qualité.

La position que nous soutenons permet également de reconstruire la solidarité. Interne d’une part, en ne péjorant pas les étudiant.e.x.s impacté.e.x.s par le virus et ses implications. Externe d’autre part, en permettant aux étudiant.e.x.s de se soigner calmement, de prendre soin de leurs proches, de gérer le stress de la crise, d’exercer leur solidarité envers leurs concitoyen.ne.x.s,  ainsi que de prendre soin des autres. Comme l’a récemment mentionné le conseiller fédéral Alain Berset, en rappelant le préambule de la Constitution helvétique, « la force d’une société se mesure à l’attention qui est portée aux plus faibles de ses membres« . La solidarité est pour nous essentielle, en particulier avec les étudiant.e.x.s les plus impacté.e.x.s en cette période difficile. Nous savons que cette préoccupation est également partagée par l’Université de Genève.

Pour toutes les raisons évoquées, nous rappelons encore une fois que nous n’appelons pas à l’annulation des examens mais à leur validation.

La position que nous soutenons tient compte des difficultés d’étude après le bouleversement de nos modes de vie. Si la numérisation des cours a assuré une continuité dans l’enseignement, et nous saluons ici encore une fois les efforts menés par l’Université de Genève en ce sens, nous avons besoin de temps pour réorganiser nos vies, pour réfléchir, pour comprendre et vivre la situation présente. Nous souhaitons remercier particulièrement le corps enseignant qui a su réagir et s’adapter à ce système numérique provisoire.

Finalement, notre position est motivée par la faculté d’autonomie et la capacité de responsabilisation étudiante. On pourrait nous opposer qu’une telle validation entraînerait une forte baisse d’investissement des étudiant.e.x.s dans leurs enseignements de ce semestre. Nous sommes convaincu.e.x.s. qu’il n’en sera rien. En effet, la formation universitaire est un choix, pas une obligation. Nous sommes persuadé.e.x.s que les étudiant.e.x.s mettront tout en œuvre pour assurer le bon déroulement de leur cursus académique. De plus, les étudiant.e.x.s sont responsables, et sauront évaluer judicieusement si iels ont acquis les connaissances nécessaires pour la suite de leur parcours. C’est pour cela qu’il est important de maintenir la session d’examens, d’offrir la possibilité aux étudiant.e.x.s de savoir si iels ont bien assimilé la matière d’un cours. Dans le cas ou iels considère que les connaissances ne sont pas acquises, iels pourront choisir de repasser les examens l’année d’après. Nous affirmons ici qu’il s’agit de la meilleure solution possible pour tous les corps de l’Université de Genève, car elle intègre toutes les problématiques causées par l’actuelle pandémie.

Validation de tous les enseignements suivis ce semestre et obtention de tous les crédits liés à ces enseignements pour tou.te.x.s les étudiant.e.x.s !

Face à la crise, recréons la solidarité !«